Infidélité : pourquoi tant de culpabilité ?

Ennui / échec conjugal / besoin de séduire / de se rassurer …

Qui n’a jamais éprouvé ces sentiments ?

Nous avons tous / toutes :

  • De bonnes raisons d’être contrarié(e)s par la vie de couple et les contraintes quotidiennes.
  • Des envies naturelles d’exercer ses charmes, de s’ouvrir aux autres, de vivre de nouvelles expériences …

Mais alors …

Pourquoi le fait de passer à l’acte est-il toujours (ou presque) porteur de culpabilité ?

Sans doute parce qu’il est difficile de partager des sentiments qui sont nécessairement vecteurs de doutes / d’incertitudes / de crises / de conflits / de problèmes …

C’est en tout cas ce qui ressort du témoignage de nombreuses personnes ayant vécu une relation extraconjugale …

  • Danielle, 26 ans, Paris …

Infidèle ?

Je suis tombée dans les bras d’un collègue de travail. C’est stupide, mais je n’ai pas su résister à ces avances. Je cherche sans arrêt mille et une excuses : je suis jeune, je me suis laissé séduire … Mais le doute reste présent …

  • Michel, 33 ans, Lyon …

J’ai toujours pensé que je résisterai à toutes les tentations … Pourquoi n’ai-je pas eu le courage de mettre fin à cette soirée ? Je me sens mal / coupable. Je n’aurai pas dû me laisser aller … Je ne sais pas comment réagir … Dois-je essayer d’aborder le sujet avec ma femme ?

  • Elise, 40 ans, Nice …

Je ressens le besoin de parler à quelqu’un. Et il me semble pourtant difficile de partager mes sentiments avec mon entourage direct. J’ai besoin d’un peu de recul et de demander conseil avant de prendre ma décision. J’ai un réel sentiment de culpabilité. Ma relation de couple a toujours été fondée sur des bases de respect, de dialogue, de liberté. Je ne sais pourtant pas quelle décision prendre aujourd’hui … Mon écart adultère ne représente pas grand chose à mes yeux. Je vis avec ce secret. Et j’ai le sentiment que me compagnon ne me comprendra pas.

Une situation complexe

La posture la plus sincère consiste logiquement à partager ses écarts avec son / sa partenaire ?

Pourquoi tant de personnes hésitent-elles à avouer leurs infidélités ? Pourquoi ne pas faire face aux conséquences de ses actes ?

Nous avons tous des codes / des principes / des valeurs … Les écarts importants à ces normes remettent nécessairement en cause nos certitudes.

Plus que cela ! Ces actes remettent aussi en cause les certitudes de notre partenaire.

Un partenaire auquel nous tenons, et avec lequel nous avons décidé de partager notre vie.

Or avouer un adultère entraîne généralement :

  • Une crise profonde.
  • Une séparation possible
  • Une peine énorme pour votre conjoint(e) / mari / femme.
  • Une réprobation de la part de ses proches.

Coupable / culpabilité / traitre / infidèle …

Ces mots ne sont pas anodins.

Nous cherchons les explications pour apaiser notre conscience, nous restons dans une position de justification.

Il n’est donc jamais facile d’avouer une faute extraconjugale …

Sortir de la culpabilité ?

Prendre un peu de recul n’est pas inutile.

Pensez par exemple aux hypothèses suivantes :

  • Le fait de ne rien dire vous évitera de vivre une situation difficile / risquée.
  • Rien ne vous empêche d’essayer d’évoquer les problématiques soulevées dans cet article avec votre partenaire. Les réactions de votre partenaire vous surprendront peut-être. Il pourra dans ce cas être utile d’aller plus loin dans la discussion.

Discussion

Ne serions nous donc pas aussi « libérés » que cela ?

Le débat reste ouvert …

  • La société actuelle ne manque pas de références publicitaires ou de reportages sur le dernier site de rencontres pour les gens mariés … Tout nous pousse donc à croire que l’infidélité serait une sorte de mode à suivre, une sorte de mode de vie effaçant les jugements moraux implicites ou des états d’âme.
    – Charlotte Le Van, sociologue et experte des relations hommes / femmes, écrit par exemple : « Oui, la loi aussi a évolué. La notion criminelle de l’adultère a disparu, le divorce ne retient plus la faute« .
    – Patrick Lemoine, psychiatre et écrivain, met en perspective l’influence des valeurs judéo-chrétiennes sur la nature de nos relations amoureuses : « Notre notion de la fidélité est complètement ethnocentrique […] nous sommes fabriqués en polygames, comme tous les primates, et nous fonctionnons moralement et socialement comme des monogames« .
    Et ce dernier d’ajouter que « si la fidélité allait de soi, nos sociétés n’auraient pas eu besoin de formaliser la monogamie par le mariage.
    – Belinda Cannone souligne de son côté que nous pourrions même envisager d’aller plus loin et d’assumer l’idée selon laquelle « le désir, parfois, puisse excéder l’amour, quitte à envisager une forme plus humaine de l’amour : fidèle, oui, mais les yeux grands ouverts sur notre architecture intérieure, sans mensonge à l’égard de la première personne dont nous devons prendre soin : nous-mêmes ». Exit donc les préjugés moraux, les tabous, les idées préconçues les clichés …
  • Rappelons néanmoins (malgré tout ?) :
    – Que toutes ces assomptions impliquent des conclusions encore à contre-courant : c’est la fidélité qui est l’exception, et non pas le contraire.
    – Qu’avoir des relations extraconjugales ne justifie pas forcément le fait de remettre en cause la stabilité de son couple.
    – Qu’assumer ses comportements extraconjugaux reste, comme nous l’avons vu plus haut, souvent difficile.

Devenir membre